Des grives aux merles

Des grives aux merles

Histoires de chasse.


Une matinée au poste à feu bien mal engagée...

Villeneuve-lès-Avignon, un dimanche matin de janvier, 5 h 15.

La nuit est d’un noir d’encre. La rue, déserte à cette heure, est faiblement éclairée par quelques rares lampadaires.

Je sors tout le matériel hors du garage. C’est une véritable expédition pour aller au poste à feu à Mornas.

Je vérifie :

- La toile du poste, bien roulée dans le sac à dos.

- 4 tubes en duralumin (1,75 m de long).

- 8 fers à béton (1,20 m chacun), coudés aux extrémités et emboîtés dans les tubes, ils forment la structure du poste.

- un petit sac de piquets et de cordages, pour arrimer le poste en cas de vent.

- Le toit du poste et ses 2 barres-support (imperméable, le toit).

- une caisse d’appelants (5 en tout).

- la « biasse » et le thermos de café.

- un siège pliant.

- le fusil, les cartouches, une lampe.

Bon, tout y est, aligné dans la rue, devant la maison.

Je charge à toute vitesse, il ne s’agit pas de traîner. J’ai près de 40 km à faire. Avec la traversée d’Orange il me faut environ 45 minutes pour être à pied d’œuvre avant le jour. Surtout que j’ai une autre contrainte : arriver sur les lieux avant M. Léon qui, lui aussi, convoite l’emplacement.

M. Léon, il a un gros avantage sur moi, il habite à Mondragon, c’est-à-dire à moins de 10 km de l’emplacement convoité.

Cet avantage fait aussi sa faiblesse : il ne se lève pas très tôt…A moi de faire ce qu’il faut pour arriver le premier !

Bon, ça a bien roulé. Pas de circulation à cette heure-là un dimanche matin.

Voilà, j’y suis presque. Je longe la digue, passe le pont qui franchit la lône qui joue le rôle de frontière entre le Vaucluse et le Gard. Car je suis maintenant dans le Gard. Plus exactement sur le territoire de Saint Etienne des Sorts, petite enclave rattachée à la société communale de Mornas.

Me voilà arrivé. La voiture de M. Léon n’est pas là, c’est gagné !!! Oui, mais de justesse car je vois poindre au loin les phares de mon concurrent. Apparemment, il a décidé de se lever plus tôt que d’habitude.

Nous nous saluons, échangeons quelques mots. M. Léon ira s’installer beaucoup plus loin.

Allez, au travail ! D’abord le poste. Je transporte tous les éléments sur l’emplacement choisi et je procède au montage. C’est le plus long. J’y vois mal malgré la lampe, il fait froid, j’ai les doigts gourds. La structure est enfin montée, la toile camo est fixée dessus, ne reste plus que le toit à poser.

Ça y est, c’est terminé ! Retour à la voiture. Je prends les appelants et le siège.

Accrochage des cages aux supports prévus à cet effet. C’est rapide. Le pliant dans le poste.

Il ne reste plus qu’à prendre les cartouches, la « biasse », le thermos et le fusil.

Retour à la voiture et là, là… Il y a bien la gibecière, mais le fusil, où est-il ? Pas dans le coffre, ni à l’arrière de la voiture… Putain !!! Je l’ai oublié !!! Merde de putain de merde !!! Et je revois la scène : avant de charger la voiture je l’ai appuyé contre le muret devant la maison. Dans la rue. Il est resté dans la rue !!! N’importe qui peut s’en emparer.

Vite, il me faut retourner. Je ne peux pas laisser les appelants seuls, ainsi, dans la nature. Allez, hop, dans la caisse et la caisse dans le coffre. Tant pis pour le poste, je n’ai pas le temps de le démonter.

Me voilà parti, roulant à tombeau ouvert sur les petites routes de Mornas.

Voilà l’entrée de l’autoroute (à l’époque, entrée à Piolenc, pas de sortie par contre) et maintenant je fonce.

Les 40 kilomètres, j’ai pas du mettre 25 minutes pour les parcourir !

Me voilà presque arrivé, dernier tournant, mon cœur bat très fort, le jour se lève à peine, il fait encore sombre… Et si quelqu’un était passé, et si on me l’avait pris, mon fusil.

Mais non, il est là où je l’avais laissé, dans son étui, appuyé contre le muret.

Ouf !!! Merci Grand Saint Hubert !!!

Vite je le mets à l’arrière. Demi-tour et je repars vers Mornas.

Circulation plus intense, sortie de l’autoroute à Orange, feux rouges… Bref, quand, je m’installe enfin dans mon poste il fait grand jour et ce matin-là, je ne tirerai pas la moindre grive.

Mais comme on dit, cela me fera un souvenir et désormais je serai vraiment beaucoup plus attentif au chargement...

 

RG

 

Février 1999 mon poste portable BD.jpg
Mon poste en toile

 

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01/05/2019
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Les grives et le vieux garde chasse...

Je tiens, tout d'abord, à remercier M. Richard Colinet, auteur de cette belle histoire de chasse, pour son aimable autorisation de publication.

Elle figure en bonne et due place sur le très beau site d'élevage de pointers "de l'Escalayole" à Ensuès la Redonne, 13820.( http://lescalayole.chiens-de-france.com/pointer.html )

RG

 

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les grives de l'escalayole (Copier).jpg

 

 

  

Cette petite histoire est tellement savoureuse que je ne peux m'empêcher de vous la raconter, sachant quelle est réelle et nullement sortie d'un inédit de Marcel Pagnol...

 

La scène se passe dernièrement dans le restaurant de mon copain Thierry, chef cuisinier de son état et surtout chasseur de grives invétéré,

 

Dans la salle copieusement garnie, deux vieux Messieurs discutent du bon vieux temps et notamment  l'un des deux, ancien garde chasse, raconte ses sorties d'antan, les hécatombes qui s'en suivaient et bien sûr les oiseaux de paradis qu'il affectionnait plus que tout: " les grives ".

 

Avec force détails sur les brochettes dont il gardait un souvenir ému, mais dont il avait perdu le goût depuis belle lurette. 

 

Passant entre les tables à la fin de son service, Thierry tendit l'oreille et suivit quelque peu  le récit du vieil homme.

 

Emu par la passion encore intacte du vieux monsieur, le chef partit dans sa cuisine ouvrir le grand frigo pour en sortir un perdreau et une jolie poule faisane qu'il allongea dans une petite cagette de bois dans le fond de laquelle il avait pris soin de mettre un torchon blanc et quelques brins de Thym, en plein milieu il y déposa les 6 grives tuées la veille au soir, en prenant bien soin de lisser leurs plumes pour les rendre encore plus belles.

 

Il se dirigea vers la table des deux amis, il tendit le précieux présent au vieux garde chasse en le priant d'accepter ce petit cadeau, le grand-père ne pouvait plus parler, il regardait les grives avec des yeux d'enfant et quand il put enfin émettre un son il remercia, les larmes aux yeux, le restaurateur de cette si gentille attention.

 

A une table toute proche, deux dames avaient assisté à la scène et en payant l'addition l'une d'entre elles n'y tenant plus, dit d'une voix suffisamment forte pour que le trio entende, "moi, les grives, je préfère les entendre chanter ! "

 

Le chef se retourna et du tac au tac répondit :"moi aussi, MADAME, je préfère quand elles chantent!... surtout dans la cage, quand elles appellent les autres!"

 

Les deux clientes se levèrent et prirent aussitôt la direction de la sortie avec une tête qui en disait long sur leurs sentiments.

 

Le restaurateur avait bien compris qu'il venait de perdre deux clientes, mais le plaisir que lui procurait le sourire béat du vieux garde le valait bien.

 

Je sais que depuis cette rencontre, chaque semaines, les deux amis font le déplacement de Marseille à Nans-les-Pins afin de déjeuner chez le "chasseur de grives" ...

 

Si vous passez par là, arrêtez vous pour manger au Domaine " la Tuilière" vous pourrez dire à Thierry BOLLA le chef, que c'est moi qui vous ai raconté la petite histoire... des grives, du garde chasse, et des deux grincheuses.

 

Richard COLINET

 

 


02/09/2016
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