Des grives aux merles

Des grives aux merles

Armes, munitions et équipements.


Un OVNI dans l'univers des carabines de jardin: la Chiappa Little Badger 9 mm Flobert.

carabine-chiappa-little-badger-cal-9-mm-flobert logo.jpg   Chiappa Firearms Ltd est une société italienne fondée en 1958 

    par Ezechiele Chiappa.

   Elle est spécialisée dans la fabrication d'armes à feu et de répli

   ques d'armes anciennes (divisions Armi Sport et Kimar).

 

 Sous l'appelation "Little Badger" (petit blaireau), Chiappa a produit une carabine pliante "squelette" dans les calibres suivants: 22 LR, 17 HMR et 9 mm Flobert. C'est ce dernier calibre qui nous intéresse ici. 

Voici donc la "bête": 

 - Pliée: 

 

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- Dépliée:

 

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 C'est une carabine étrange, un véritable OVNI.

Le design est minimaliste. Jouet ?, gadget ?

Inconfortable, laide, super moche même, pour certains, alors que d'autres, au contraire, apprécient son "look survival", sa légèreté, le fait qu'elle soit entièrement repliable et son faible encombrement.

Une chose est certaine, cette carabine ne laisse pas indifférent.

Voyons de près ses caractéristiques:

- Carabine mono-coup, pliante.

- Calibre: 9 mm Flobert, percussion annulaire.

- Catégorie: arme de catégorie C (soumise à déclaration).

- Dimensions: 

   Longueur totale: 84 cm

   Longueur du canon: 47 cm

   Longueur de la crosse: 32 cm

   Epaisseur: 3 cm

   Hauteur: 12 cm

   Poids: 1,140 kg

   Dimensions pliée: 48 x 17 cm

Cette carabine est entièrement métallique. Un petit levier plat, situé en avant du pontet, sous la bascule permet de déverrouiller le canon qui pivote sur son axe. L'extraction est assurée par un simple extracteur. L'armement se fait par un chien externe.

Organes de visée: cran en V fraisé sur le dessus de la bascule, à aligner avec le classique grain d'orge en laiton au bout du canon.

Il est possible d'ajouter une "poignée pistolet" sur le faux rail picatinny, en arrière du pontet. Cette poignée est un simple morceau de tube pouvant contenir le nécessaire de nettoyage.

Prix minimum relevé: 149 €

En résumé:

- Points positifs: prix, poids, faible encombrement, facilité de transport (se glisse sans problème dans une housse pour raquette de tennis!).

- Points négatifs: crosse squelette inconfortable, pas de garde-main, mécanisme un peu "léger"

 

Outre le 9 mm Flobert, cette carabine est produite dans les calibres suivants: 22 LR (accepte donc les 22 Long et Short), 17 HMR et 22 WMR (USA)

 

En 9 mm Flobert, la distance de tir idéale se situe entre 5 et 15 m. Au poste à feu, avec pas trop de branches devant, ça devrait "faire la job" comme on dit au Québec... Tout de même, on ne peut que regretter qu'elle n'existe pas en calibre 9 mm Mori. 

Mais alors, quelle gueule !!!

 

Nota: Il existe la même carabine, plus classique, avec longuesse et crosse en bois, plus longue (longueur totale 105 cm), pliable également (65 x 21,5 cm), plus lourde (1,600 kg) et aussi plus chère (prix minimum: 199 €)

 

RG 


31/10/2018
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Fusils et cartouches au poste à feu.

Le texte suivant est une traduction d’une partie d’un excellent article de Luca Gironi paru dans le magazine italien Caccia+.

Cet article, intitulé « Tordi e merli, un amore infinito » (http://www.soggiamangimi.com/doc/articolo1.pdf), comportait un encadré (Fucili e Cartucce) susceptible d’intéresser les chasseurs au poste à feu, amateurs d’armes de petits calibres.

RG

 

Le tir au poste au posé ne présente pas de difficultés particulières. Il suffit seulement d’avoir un minimum de connaissances dans le choix des armes et des munitions. Les tirs sont, en général, effectués à des distances connues et après une préparation adéquate du site éliminant la plupart des obstacles. Alors, où se trouve la difficulté ?  Et bien, dirais-je, dans le choix du calibre et des munitions les plus adaptés pour abattre le gibier de la façon la moins bruyante et la plus propre possible. C’est pourquoi, l’armement normal d’un chasseur au poste  comporte l’emploi de divers calibres correspondant à la distance à laquelle se trouve le gibier et à l’importance  de la végétation pouvant protéger la proie.

En général, les chasseurs utilisent  des armes « combinées », genre superposés à 2 canons de calibres différents. Les plus populaires étant les calibres .410, 28, 20 et 12.

En combinant ces calibres, il est possible de couvrir  toutes les situations possibles.

Certes, ce ne sont pas les seuls calibres utilisés, beaucoup de chasseurs au poste font usage du 8 « Flobert » et du 24.

Le premier de ces calibres est destiné aux tirs à très courte distance, inférieurs à 10 mètres, il permet de ne pas abimer le gibier, même avec des tirs vraiment très proches.

Le second est le calibre des fusils de poste d’autrefois,  calibre « médian », ni petit ni gros, il permettait des tirs à courte, moyenne et longue portée.

Maintenant, comme je l’ai dit précédemment, la vogue est à des calibres plus conventionnels, surtout en 28 et en .410

Les fusils de ce type permettent de couvrir pratiquement tous les cas de figure possibles dans ce mode de chasse.

Et ceci, parce que la mode durable des petits calibres a mis à notre disposition une large gamme de cartouches destinées au tir des faisans, des bécasses, voire même des oies, qui, associées aux charges traditionnelles « de poste » ont donné à ces deux calibres une exhaustivité inimaginable auparavant.

En fait, si, jusqu’il y a quelques années, les charges standard du calibre 36 étaient de 10-12 grammes de plomb et celles du 28 de 16-18 grammes, sont apparus des chargements qui atteignent, respectivement 24 grammes pour le .410, version magnum du calibre 36 et 25 à 28 grammes en calibre 28.

En outre, tirant profit de l’expérience du marché américain où ces calibres sont utilisés depuis des années, il a été possible de disposer immédiatement de produits de très haute qualité.

S’agissant du .410, la dernière nouveauté est un type de munition qui a connu un important développement ces derniers temps : les cartouches dites « silencieuses ». C’est à dire des munitions qui, du fait de leurs composants spécifiques et de leur vitesse subsonique produisent une détonation à faible niveau de bruit.

Ce qui a pour conséquence de perturber au minimum les oiseaux présents dans le voisinage du poste à feu.

Mais sont- elles vraiment efficaces ? Des essais de cartouches des trois grandes firmes (N d T : firmes italiennes) : Fiocchi, Cheddite et Bornaghi ont levé tous les doutes. Ce sont des munitions stupéfiantes. La firme de Lecco (Fiocchi) propose une 18 grammes très peu bruyante et très efficace. La Cheddite, une 24 grammes qui est une vraie bombe, le gain en matière de bruit est moindre, il est vrai, mais la charge est davantage celle d’un calibre 20 que celle d’un .410. Enfin, la firme de Treviglio (Bornaghi), présente 2 produits : une 12 grammes extrêmement silencieuse et une version « musclée » de 22 grammes.

Avec ces munitions, il est possible d’effectuer des tirs à très courte distance  et des tirs qui auraient réclamé l’emploi du calibre 20, minimum.

Toutefois, il ne faut pas en demander trop quant à la portée extrême de tir, soit 25 à 30 mètres pour les charges les plus lourdes (distances vérifiées lors de nos essais, dans des conditions optimales. Les firmes retenant, elles, une portée utile de 20 mètres maximum). Privilégier le tir des animaux bien visibles, sans obstacles, même légers et en couvrant bien la cible.

Rappelez-vous que ce n’est tout de même qu’un calibre .410. 


23/12/2015
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Le fusil "ideal" pour le poste à feu existe-t'il ?

Cette question, je me la suis posée maintes et maintes fois, quand je cheminais de nuit, chargé comme une mule, un porte-cages dans chaque main, peinant sous le poids des "empedimenta" dont les courroies et sangles comprimaient ma poitrine: gibecière bien garnie pour "tenir le siège" et , bien sur, fusil et carabines nécessaires à la chasse au poste.

Etait-il vraiment nécessaire de trimbaler tout un arsenal avec moi, et une telle variété de cartouches de calibres différents ?

N'y aurait-il pas moyen de ne transporter qu'un seul fusil, "bon à tout faire" ?

Et tout d'abord qu'est ce que le fusil "idéal" ?

Pour moi, ce doit être une arme légère, peu encombrante, facile à manipuler et à recharger sans bruit.

L'arme la plus à même de faire face au plus grand nombre de situations possibles et capables de tuer net le gibier sans générer de souffrances inutiles.

 

De quel type d'armes dispose-t-on sur le marché actuellement, répondant aux critères ci-dessus ?

Essentiellement, des armes mono-canon du type dit "carabines de jardin", à verrou, ou basculantes, de petit calibre: 410, 14 mm, 12 mm, 9 mm, 8 mm (rare) et même 6 mm (encore plus rare). Certains disposent encore d'excellents calibre 24 (souvent des carabines Gras transformées).

Egalement des superposés ou juxtaposés pliants très souvent de marque Falco, à prix peu élevé, en calibre 410 ou mixtes (410/14 mm; 410/12 mm).

Enfin, en gros calibre, on trouve les fusils mono-canon basculants Simplex ou type simplex, Baïkal, etc... dans les calibres classiques: 12, 16 ou 20.

J'exclus, d'emblée, les fusils semi-automatiques, bien que mono-canonnés, ils présentent beaucoup d'inconvénients à mes yeux. Ils sont lourds, bruyants au chargement et au changement de cartouches et ils expédient des douilles partout dans le poste.

Si l'on prend soin de retirer courroies et grenadières, pour la sécurité, avec une longueur de canon normale, ces fusils mono-canon rendent très bien les services que l'on attend d'eux, dans des situations bien précises:

- tir à courte distance pour les petits calibres.

- tir à distance moyenne pour les calibres moyens.

- tir à longue distance pour les gros calibres.

Ce qui, inévitablement, conduit, dans les cas où les arbres de pose sont situés à des distances variables, à emporter avec soi plusieurs armes.

 

Une enquête sur un site de chasse aux grives bien connu montre bien la diversité des situations.

La plupart des chasseurs estiment qu'il n'est pas possible de se limiter à une seule arme.

La situation la plus fréquemment rencontrée est: 2 fusils doubles, ex. 1 superposé calibre 12 + 1 superposé calibre 410 ou bien, si les distances le permettent, 1 juxtaposé calibre 12 ou 126 + 1 carabine 12 mm

Certains jouent sur le choke des armes: full et lisse par exemple ainsi que sur le type de bourre: bourre grasse et bourre à jupe.

Mais le plus grand nombre considèrent qu'il faut, au moins 2 armes au poste. Voire plus, un chasseur déclarait ainsi emporter 4 armes avec lui! 1 calibre 12 + 1 mixte 12 mm / 14 mm + 1 double 12 mm / 410 et enfin 1 carabine 9 mm!!!

Pourtant ils sont quelques uns à à utiliser une arme unique. Très souvent un juxtaposé ou un superposé de calibre 410 ou mixte 410 / 14 mm, en jouant à la fois sur la variété des chargements et la grosseur des plombs.

Une excellente solution me parait être l'emploi d'un juxtaposé de calibre 16 avec 1 tube réducteur long dans un des deux canons (calibre 14 mm ou 12 mm).

Une dernière solution adoptée par un chasseur consiste à se procurer un superposé bi-calibre, ici un 20/410 Khan K226.

Cette dernière solution est celle que j'ai adoptée, Dans la plupart des cas, j'utilise désormais un Rizzini bi-calibro 20/410. Pour le canon de calibre 20, je dispose de 3 types de munitions: 20/65; 20/70; 20/76. Et pour le canon de calibre 410, 3 types de munitions également: 410/50; 410/60; 410/76. 

C'est mon fusil de poste d'usage courant. 1 seul fusil, 6 types de chargements différents. C'est le bonheur dans la légèreté !!! 

RG

  

 

 

 


23/12/2015
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La détonation "silencieuse".

Dans le contexte de la chasse au poste à feu, où l'utilisation de munitions efficaces à moyennes portées et à bas bruit est privilégiée, cet article très technique, je dois le reconnaître, pourra présenter quelque intérêt pour le lecteur en quête de ce type de munitions.

Il a, en outre, le mérite de rappeler les principes qui régissent l'élaboration des munitions dîtes "silencieuses".

RG

 

 

Le texte ci-dessous est une traduction d’un article de R. Serino, intitulé « Lo sparo invisibile », article publié en décembre 2013 dans la revue italienne « Armi e Tiro ».

Le texte original (en italien) peut être consulté en cliquant sur le lien suivant :

http://www.sannicandro.org/data/news/Articolo_Trombetta.pdf

 

 

 

Pour obtenir une cartouche vraiment silencieuse pour la chasse au poste, il ne suffit pas que les plombs se déplacent à une vitesse inférieure à celle du son. Il faut encore trouver des solutions innovantes au niveau de la combustion de la poudre.

Un passionné (Pietro Trombetta) a trouvé le moyen de descendre à 60 décibels !

Depuis des temps immémoriaux, la pratique cynégétique fait appel à des solutions souvent très éloignées des canons officiels du rechargement. Au cours de ces dernières années, des pratiques bien connues des vieux chasseurs, qui semblaient être tombées dans l’oubli, ont été reprises et se sont répandues et ont retrouvé, en quelque sorte, leurs lettres de noblesse. Des termes comme « demi- cartouche » ou « demi-charge », considérés comme méprisants ou dérisoires, synonymes de chargements sans puissance à utiliser à courte distance ou sur du très petit gibier, se sont vus remplacer par des termes plus attrayants, comme « charges réduites », « charges subsoniques » ou « charges silencieuses » et ainsi de suite.

A l’origine de cela il existe un besoin réel, celui de réduire le bruit des détonations. Ce besoin est particulièrement ressenti sur les stands de tir situés à proximité de zones d’habitation où la « pollution sonore » génère des protestations très souvent exploitées pour faire obstacle à l’activité sportive.

 

Les solutions actuelles :

Le problème a été résolu par les fabricants de poudres avec les munitions dites « subsoniques » qui se caractérisent par une poussée capable de propulser 24 à 28 grammes de plomb à une vitesse d’environ 300 à 330 mètres/seconde.

Mais, il y a d’autres utilisateurs qui demandent la réduction du bruit pour des raisons propres à la chasse : ce sont les chasseurs au poste à feu, pour qui, même la détonation des petits calibres se révèle gênante dans le cadre fermé du poste, avec, en outre, un effet négatif sur le gibier alentour.

Toutefois, la réduction de la vitesse initiale à des valeurs inférieures à celle du son ne s’accompagne pas nécessairement d’une réduction effective de la détonation, dans la mesure où l’onde de choc que provoque un projectile à vitesse supersonique ne représente qu’une partie du problème. L’autre partie est constituée par l’énergie spécifique des gaz brulés qui, après les plombs et la bourre se détendent brutalement à la sortie du canon. L’énergie propre des gaz brûlés s’exprime en termes de pression et de température et se traduit aussi dans le recul de l’arme du fait que leur expansion dans l’atmosphère augmente la vitesse moyenne de la masse gazeuse.

Tant que celle-ci reste confinée à l’intérieur du canon, sa vitesse moyenne est égale à environ la moitié de celle du groupe bourre-charge de plombs, mais quand les gaz se détendent à la bouche du canon, les choses changent et le rapport n’est plus de 50%, mais du double. Et c’est à la dissipation dans l’atmosphère d’une  quantité d’énergie aussi élevée que l’on doit une grande partie du bruit de la détonation.

Il apparait alors évident que pour réduire le bruit, outre la réduction de la vitesse initiale, il est nécessaire, surtout, de réduire l’énergie spécifique des gaz brulés.

Dans un chargement standard, le rapport poudre/plomb habituellement de l’ordre de 1 pour 20 permet d’atteindre des vitesses initiales proches de 400 mètres par seconde. L’énergie spécifique des gaz brulés peut être réduite de diverses façons, avec pour chacune des effets collatéraux plus ou moins acceptables selon le résultat recherché.

Une première solution consiste à diminuer la charge de poudre, et à augmenter la charge de plombs. A due proportion, la réduction de la vitesse est sensible, mais il n’en est pas de même en ce qui concerne l’énergie spécifique des gaz brulés qui diminue peu dans la mesure où le rendement thermique augmente légèrement ; à la bouche du canon, le réduction de la pression est faible.

Une deuxième solution consiste à diminuer seulement la charge de poudre sans modifier celle des plombs. Dans ce cas, la réduction de la vitesse est sensible, mais pas autant que dans le cas précédent. L’énergie spécifique des gaz brulés diminue aussi, du fait d’une détérioration de la combustion ; le rendement thermique diminue également et la pression à la bouche du canon diminue encore davantage.

Une troisième solution consiste à réduire tant la charge de poudre que la charge de plombs. La diminution de vitesse est encore sensible, l’énergie spécifique des gaz brulés diminue aussi du fait de la dégradation de la combustion ainsi que le rendement thermique entrainant une baisse de pression à la bouche du canon.

Une quatrième solution consiste à passer, à dosage égal, à une poudre beaucoup plus lente, avec un pouvoir calorifique plus bas, de façon à « aplatir » autant que possible la courbe des pressions. La diminution de la vitesse est encore plus sensible et il en est de même pour l’énergie spécifique des gaz car la combustion empire, le rendement thermique également et la pression à la bouche tombe.

A l’exception de la première, toutes les solutions envisagées comportent une dégradation de la combustion et donnent lieu à des dépôts de résidus non brulés dans le canon.

Les effets de la réduction de l’énergie spécifique des gaz peuvent être optimalisés par un sertissage plus « souple » qui réduit voire annule le bourrage initial. Par ailleurs, une augmentation de la longueur du canon (dans les limites du raisonnable) a pour effet d’augmenter le rendement thermique, entrainant une augmentation de la vitesse initiale et une diminution de l’énergie spécifique des gaz brulés. Cette solution pourrait être couplée avec celles déjà envisagées sachant, toutefois, qu’elle n’apporterait qu’une amélioration mineure.

 

La solution nouvelle :  

Arrivés à ce point, il convient d’examiner une cinquième solution qui consiste à réduire artificiellement l’énergie spécifique des gaz brulés. Ouvrons une courte parenthèse à propos de la courbe pression/temps telle qu’observée dans un canon manométrique ( N.d.T. : canon de test avec prise de mesure de pression).

Sur une telle courbe, d’aspect plutôt rectiligne, il est possible de repérer le point au-delà duquel la courbe s’inverse : avant ce point, la concavité de la courbe est tournée vers le bas, au-delà, la concavité se tourne vers le haut. Les algorithmes de calcul appropriés permettent d’observer que la pression, à partir de ce point précis, diminue plus qu’elle ne devrait le faire en théorie.

Ceci peut être dû aux déperditions thermiques à travers les parois du canon, mais, comme celles-ci sont régies principalement par les caractéristiques thermo-fluido-dynamiques de l’air ambiant, avec des temps de réponse sensiblement plus longs que le temps de réponse du canon, on peut retenir comme hypothèse que la cause se trouve dans une fuite des gaz brulés entre la bourre et les parois du canon.

Preuve à l’appui, il est possible, avec d’autres algorithmes d’isoler dans la courbe pression/temps, l’évolution dans le temps de l’énergie interne des gaz brulés, énergie croissante jusqu’à un maximum enregistré supérieur au temps de montée en pression, puis décroissant plus ou moins rapidement.

A le différence de la courbe pression/temps, la courbe relative à l’énergie interne présente un caractère irrégulier et fluctuant. Cela peut être interprété comme le symptôme d’une combustion  irrégulière : le syndrome s’avérant d’autant plus évident que le taux de pression s’abaisse. L’explication réside dans le fait que l’étanchéité de la bourre est bien meilleure durant la montée en pression que durant la descente de celle-ci.

En dépit de ce défaut d’étanchéité qui devrait, en théorie, entrainer une dégradation de la vitesse, celle-ci semble peu influencée par le phénomène, comme si les gaz « passés » après la bourre faisaient office de tampon entre la bourre elle-même et l’âme du canon, réduisant les frottements qui s’opposent au mouvement.

On peut ainsi imaginer que, si on réussit à faire en sorte que les gaz brulés s’échappent en partie durant la phase ascendante, on obtiendrait alors une diminution générale de la pression avec, simultanément, la réduction de la vitesse initiale ainsi que la réduction de la pression à la bouche du canon.

Un tel chargement serait non seulement subsonique mais aussi à bas niveau de pression acoustique.

 

Silence, on tire :

C’est dans cette direction qu’un passionné, Pietro Trombetta, a dirigé ses recherches. Après de longues expériences et vérifications, il a réalisé des chargements dont les vitesses subsoniques et les niveaux de pression acoustiques, à 1 mètre de distance,  n’excèdent pas 80 décibels (dB).

A titre de comparaison, les valeurs pour une détonation de pistolet et une détonation de carabine à canon rayé sont, respectivement, de 140 dB et 160 dB ; cette différence de 20 dB ne doit pas induire en erreur. Ces valeurs sont exprimées sur une échelle logarithmique : les pressions acoustiques correspondantes  ressortent respectivement à 200 Pascal et 2000 Pascal, soit un facteur 10. Il s’agit de valeurs qui dépassent largement le seuil de la douleur, seuil subjectif mais dont le niveau moyen est de l’ordre de 100 Pascal, soit 134 dB. Tandis que le niveau de 80 dB correspond à une pression acoustique d’à peine 0,2 Pascal.

Ces résultats ont été obtenus principalement avec de petits calibres, mais ils peuvent être étendus, après adaptations, aux calibres supérieurs et aux chargements à balle.

La clef de voute est l’adoption de poudres, grenaille de plomb, étuis et amorces adéquats. Ceci afin de provoquer une fuite de gaz contrôlée qui, grâce aux dosages particuliers adoptés, réduit considérablement la pression exercée par les gaz brulés tout en la maintenant presque constante tout au long de l’âme afin d’obtenir une vitesse initiale subsonique et des temps de canon plus longs que la normale.

La fuite de gaz, opportunément contrôlée a pour effet de réduire la pression et de ralentir la combustion, augmentant ainsi les temps de canon tout en évitant la détérioration indésirable des vitesses initiales. Celles-ci réussissent à se maintenir sous les 330 mètres/seconde tout en fournissant encore, avec le petit plomb, des vitesses résiduelles suffisantes et des rosaces satisfaisantes jusqu’à 20 mètres.

Par exemple, avec une vitesse initiale de 300 mètres/seconde, un plomb n° 12, soit 1,5 mm de diamètre, conserve à 20 mètres une vitesse résiduelle d’environ 165 mètres/seconde, identique à celle d’un plomb n° 10 (diamètre 1,9 mm) à 25 mètres, valeur suffisante pour assurer la pénétration sur le petit gibier.

L’inconvénient de la fuite de gaz, pour les charges sans conteneur, est évidemment la fusion des plombs. Correctement contrôlée avec adoption de plomb nickelé, le phénomène se ramène, toutefois à des dépôts de plomb dans la seconde moitié de l’âme, sans provoquer la très dangereuse fusion en grappe des plombs.

Les résultats, obtenus avec la collaboration de rechargeurs proches de la résidence du passionné (Pouilles), d’ateliers spécialisés, comme Cortini & Pezzotti qui ont produit les bobines orlatrices adéquates pour permettre de pratiquer des sertissages à faible résistance d’ouverture, ainsi que des amis comme Luigi Chimini de Lonato (Bs) qui s’est occupé de la réalisation des bourres en plastique sur mesure et Marco Cioni de Florence à qui l’on doit le DVD illustrant les caractéristiques des chargements.

Ces résultats, donc, ont été présentés également aux fabricants nationaux : Fiocchi et Cheddite, dans les laboratoires balistiques desquels ont été réalisés des essais comparatifs poussés.

De ces essais, il ressort que les chargements en question, en calibre 36 et 410, avec un grammage de 18 à 28 g de plombs nickelés n° 11, dans des douilles de 50 à 76 mm, se maintiennent en dessous des 700 bars de pression avec une vitesse comprise entre 250 et 300 mètres/seconde et des temps de canon de l’ordre de 3,450 à 3,750 millisecondes. Les niveaux de pression acoustique tournent autour de 60 dB et les rosaces sont extrêmement compactes et meurtrières.

Tout laisse présager que l’optimisation des composants et des dosages aux fins de production industrielle améliorera encore les performances de ces chargements.


23/12/2015
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Eloge du fusil à un coup.

Le fusil à 1 coup n'est plus guère utilisé aujourd'hui à la chasse à l'avant, supplanté par les armes à 2 canons ou les semi-automatiques.

Au poste à feu, il reste toujours d'actualité. Il a nom: Simplex, Baïkal, voire encore un de ces vieux Gras, tel le fusil de Marquette, dans ce passage, extrait du livre « Souvenirs de chasse pour Christian ».

L'auteur, René Chambe (1889-1983), général, aviateur, écrivain, était aussi un grand chasseur.

Il fait ici l'éloge du fusil à 1 coup.

 

La scène se déroule en 1899-1900, le jeune René (l’auteur) présente les chasseurs de son village, Vaulx-Milieu, en Isère. Parmi eux, Marquette, passionné exclusivement par la chasse au gibier d’eau, à l’affût, la nuit.

 

RG

 

 

 

-       M’sieu Marquette, pourquoi qu’il a qu’un coup, votre fusil ?

Il était en effet possesseur d’un fusil à un seul canon, comme je n’en avais jamais vu ; tous les autres chasseurs se servaient de fusils à deux coups. Il se l’était acheté, dès qu’i l’avait pu, chez l’armurier Baret, à Bourgoin, bien connu de tous les nemrods de la région. C’était un de ces fusils qu’on dénommait alors fusil Gras transformé, lequel était un fusil de guerre modèle 1874, du nom de son inventeur, le général français Gras, polytechnicien. Dans mon ingénuité, je pensais que ce fusil était ainsi appelé pour sa nécessité d’être toujours enduit de beaucoup de graisse. Pour le rendre utilisable pour la chasse, on en avait simplement remplacé le canon, tout en conservant sa crosse, son fût et sa culasse. Il n’avait évidemment qu’un seul coup.

A ma question Marquette avait fait une réponse que je n’ai jamais oubliée. Elle dénotait un réel esprit de réflexion et de bon sens :

-       Pourquoi que mon fusil, il n’a qu’un coup ? C’est parce que c’est le meilleur. Je vas vous dire pourquoi c’est très mauvais d’en avoir deux, de coups.

« Ecoutez-moi : Si vous en avez deux, vous tirez vite le premier, parce que vous vous dites que ça n’a pas d’importance, puisque vous en avez un deuxième. Alors vous tirez vite et souvent au hasard et vous manquez. Alors vous tirez vite et souvent au hasard et vous manquez. Alors vous vous affolez d’avoir manqué et, résultat, vous tirez encore plus vite votre second coup, pour vous rattraper. Et vous manquez encore, d’autant plus sûr que le gibier, il est plus loin.

« Tandis que si vous n’avez qu’un coup, vous vous appliquez finement, parce que vous savez qu’il n’y a pas de quartier. Vous prenez votre temps, vous tirez ni trop vite, ni trop tard, juste ce qu’il faut, à bonne distance et vous manquez pas. Le fusil à deux coups, c’est idiot ! ça vous fait manquer.

-       Mais s’il vous part deux perdreaux, M’sieu Marquette, vous pouvez pas faire le doublé ?

-       Ouais, le doublé ! Moi, j’aime mieux un mien sûr que deux tu les auras pas. Et puis, le deuxième perdreau, ça va, je le retrouverai toujours à la remise ! ça presse pas.

 

 

 

Fusil GRAS cal 24 (Copier).jpg


29/04/2016
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