Des grives aux merles

Des grives aux merles

Poètes des XXe et XXIe siécles.

Voici ma première découverte, un poème de 14 vers de Jacques Roubaud , tiré de « Les animaux de tout le monde », 2004 ( ?)

 

Quand s'achève le mois d'octobre.
Quand les vendanges sont passées.
Quand les vignes rouges blessées
par l'automne saignent, sombres.

Quand les cyprès aux noires ombres
en haut des collines dressés
luttent contre les vents pressés,
on voit la petite grive sobre

s'asseoir dans la vigne sous les feuilles
avec son panier à raisins.
De son bec expert elle cueille

muscats, ganches, grain à grain.
Elle en goûte tant qu'elle roule
dans la poussière, heureuse et saoule

 

-<>-

 

Celui-ci a été composé par Nicole Bouglouan en 1999:

La Grive musicienne 

Avec ta robe à pois sur ton ventre tout rond,
Tu sautilles dans l’herbe en cherchant ta pitance.
Ta silhouette agile avance à petits bonds,
Glissant dans le feuillage, esquissant une danse.

Tu lances un cri d’alarme en sons aigus très brefs.
En voyant le danger, tu redresses la tête.
Si le moindre ennemi approche de ton fief,
Tu le chasses bien vite car rien ne t’arrête.

Dès les premiers beaux jours, tu commences à chanter,
Quelques notes flûtées, une phrase sonore,
Un joli trille doux variant d’intensité,
Charment notre réveil aux lueurs de l’aurore.

La femelle bientôt va construire le nid,
Une coupe grossière avec des feuilles mortes.
Pour personnaliser quand même cet abri,
Un peu de papier blanc va lui prêter main forte.

Et nous verrons sous peu tes deux ou trois poussins
Gambader dans ton dos, jouant à cache-cache,
Explorant sous tes yeux chaque coin du jardin.
Il ne faudra surtout pas faillir à la tâche!

Peut-être viendrez-vous picorer dans le pain
Offert tous les matins aux oiseaux de passage?
Profitant du moment, là je ferai le plein
Tout en vous observant, de si belles images.

 

 

-<>-

 

"Ivresse" est un poème de Vette de Fonclare

 

Ivresse

A Sainte-Cécile-les-Vignes
Un grand scandale a éclaté :
Une grive vraiment indigne,
Petite pocharde emplumée

Que le Dieu des poivrots emporte !
Pattes raidies, jabot défait,
Yeux demi-clos et ivre-morte
N’a pas même pu s’envoler !

Il faut dire qu’au mois d’octobre
Il est difficile aux oiseaux
De rester sage et d’être sobre
Tant les grains oubliés sont beaux

Avec leur peau si rutilante
Encor toute gonflée d’été
Et cette chair si craquillante
Sous les petits becs aiguisés !

C’était du miel, c’était trop bon :
La grive n’a pas résisté
Au raisin noir, au raisin blond
Qui l’ont laissée tout éméchée.

Depuis elle cuve en silence,
Vautrée tout au fond d’un sillon.
Elle est enivrée de Provence
Mais perdue de réputation

 

-<>-



27/08/2015
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