Des grives aux merles

Des grives aux merles

Les chasses traditionnelles des grives et des merles.


Une prédilection très nette ...

Je pratique, bien sûr, en début de saison, la chasse le long des haies, le tir à la passée du matin et surtout celle du soir.

La capture des grives et merles à la glu ? Cela me plairait bien, mais voilà, les deux territoires de chasse où j'opère, dans les Bouches du Rhône, ne figurent pas dans la liste des communes où ce mode de chasse ancestral est autorisé.

Mais, autant le dire d'emblée, mon mode de chasse préféré, celui qui, au cours des ans a pris une place prépondérante dans mon esprit et dans mon coeur, c'est la chasse des grives au poste à feu.

Au point qu'il a supplanté les autres modes, devenant en quelque sorte une obsession.

Je ne puis désormais observer une haie, un arbre remarquable par sa taille, sa position, l'épaisse "fourrure" de lierre sur son tronc et ses branches, sans penser "poste"!!!

J'ai même contaminé mon entourage! Ainsi, un jour, j'ai été très surpris d'entendre mon épouse parler "d'arbres à quines" en désignant une rangée d'ormeaux caractéristiques.

Mais, pourquoi cette préférence ?

A l'analyse, cette prédilection est la résultante d'une foule de raisons convergentes.

Tout d'abord, le plaisir commence avec le choix des arbres, de l'emplacement et  de l'orientation du poste.

Viennent ensuite la construction, le camouflage, l'emplacement des meurtrières, les aménagements intérieurs.

Le nettoyage des extérieurs, le débroussaillage, la taille des arbres, le choix des emplacements où seront disposées les cages des appelants.

Et cet entretien est un souci de tous les instants.

Au poste à feu, on y va tout au long de l'année. Même hors chasse, pour surveiller les conséquences des intempéries, réparer les dégâts éventuels causés par la nature ou les malveillants et préparer la saison future. Et même sans aucune raison "utilitaire", pour le plaisir de le voir d'y entrer, s'y asseoir et revivre quelques instants des saisons passées...

Deuxième raison: l'action de chasse se prolonge avec les soins à administrer aux oiseaux appelants. Veiller à ce que les mangeoires soient bien garnies, les abreuvoirs remplis d'une eau exempte de déjections. Procéder au nettoyage des cages et abris des oiseaux.

Troisième raison de ma dilection: l'atmosphère magique qui entoure ce mode de chasse. L'arrivée de nuit, le cheminement jusqu'au poste à la lueur de ma lampe frontale, l'installation des appelants et du matériel et enfin, accoudé aux meurtrières, je peux assister au spectacle du lever du jour et de l'apparition du soleil, de la vie qui s'éveille et qui anime de nouveau les cieux, les arbres, les buissons. Je suis bien sûr à l'affût de mon gibier, vue et ouïe aiguisées, observant le comportement de mes appelants, scrutant cette boule de lierre là ou ce groupe de petits chênes;  à l'écoute du moindre indice sonore ou visuel...Et cette sensation, toujours renouvelée et dont je ne me rassasie jamais, de la vision de l'oiseau posé là où une seconde auparavant il n'y avait, se découpant sur le ciel en ombres chinoises, que les branches dégarnies de feuilles des "cimeus"...

Enfin, je considère la chasse au poste à feu comme une chasse "éthique". Ici, pas de tirs inconsidérés d'oiseaux en limite de portée, pas de mitraillages, donc un minimum de perturbation de la faune et du voisinage. L'emploi fréquent d'armes de petit calibre, le tir à coup sûr d'oiseaux bien identifiés et puis, le caractère malgré tout aléatoire des poses des grives (il y a des jours avec et des jours sans) font que ce mode de chasse est particulièrement respectueux de la nature.

Au poste à feu, le chasseur trouve son émotion par l'acte de chasse et non par l'acte de tir qui n'est que la conclusion des efforts et moyens qu'il a mis en oeuvre.

RG

 

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10/09/2015
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Témoins du passé, les postes à feu abandonnés.

Dans ma recherche des installations de chasse des grives au poste à feu, il m’arrive, parfois, de découvrir les ruines de postes envahis par les ronces, aux toits effondrés, aux murs rongés par le temps et les intempéries.

Pourquoi ont-ils été abandonnés ? Décès du propriétaire ? cessation d’activité ? Changement de la voie migratoire ?

Quoi qu’il en soit, avec leurs meurtrières béantes, ils sont les témoins muets de la passion des hommes qui les ont bâtis.

RG

 

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21/09/2015
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C'est un jardin extraordinaire ...

Non, cela n'a rien à voir avec la chanson de Charles Trenet, si ce n'est le titre...

Il s'agit en fait d'une fantastique installation de capture des grives à la glu située ...quelque part en région PACA.

Je tiens à remercier Alain13, membre de ce blog, qui, avec l'accord du propriétaire de l'installation, m'a aimablement communiqué quelques unes de ses photos.

Et maintenant, séquence admiration.

 

RG

 

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03/09/2017
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La chasse de la grive musicienne à poste fixe en Italie.

Le texte ci-dessous est une traduction de l'article intitulé "CACCIA AL TORDO BOTTACCIO DA APPOSTAMENTO FISSO" publié le 04/05/2012 sur le site italien CACCIA PASSIONE.

RG

  

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La chasse de la grive au poste, le soin du détail, de bons appelants, l’expérience et un bon poste à feu peuvent vraiment faire la différence.

 

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La grive musicienne est un oiseau passionnant qui réveille l’imaginaire cynégétique de nombreux chasseurs. Les techniques de chasse qui lui sont propres sont très nombreuses.

La plus pratiquée est certainement la chasse à poste fixe avec appelants vivants. Celui qui utilise cette technique doit disposer de mâles car, si la femelle est un excellent chiqueur (elle émet un cri similaire à un « tsic-tsic » en séquence rapide) utile normalement  pendant la migration hivernale, elle est moins efficace après la « mise au noir ».

Maintenant, question évidente que la plupart des chasseurs se posent : comment diable distinguer le mâle de la femelle ? En effet, ce n’est pas chose facile puisqu'il n’y a quasiment pas de différence ni de taille ni de plumage entre les sexes. Les vieux chasseurs, toutefois,  prétendent reconnaître le sexe des oiseaux par des techniques, selon eux, infaillibles…  

Certains sont convaincus que le mâle a une taille plus importante que la femelle, un bec plus jaune et qu’il bat des ailes avec davantage d’énergie. Pour d’autres, le mâle émet des cris plus stridents ou sa tête est plus grosse  ou les plumes centrales de sa queue sont de longueur identique. En outre, d’aucuns pensent que si l’on fait tourner la femelle rapidement elle ouvrira la queue en éventail, ce qu’un mâle ne fera jamais.

En vérité, le secret infaillible est tout autre : se procurer un bon nombre d’oiseaux de capture (et non d’élevage), choisir ceux qui seront mis au noir et ce n’est qu’au printemps que vous pourrez différencier, par le chant, le mâle de la femelle. Ceci dit, il importe de rappeler que l’installation des appelants est un facteur à ne pas négliger. Il est bon que l’appelant se familiarise avec les lieux où se déroulera la chasse. C’est seulement de cette façon qu’il pourra s’habituer aux bruits insolites éventuels et que vous éviterez ainsi le risque d’avoir des oiseaux muets au moment le plus important !

Pour choisir l’endroit où vous installerez vos appelants lors de la partie de chasse, il vous faudra reconnaître avec précision le terrain quelques jours auparavant. Quoi qu’il en soit, il vaut mieux que les appelants ne soient pas trop proches les uns des autres : ils risqueraient de se gêner mutuellement.

La question des appelants étant résolue, et encore y aurait-il beaucoup à dire sur ce sujet, lorsque l'on parle de la chasse des grives au poste, il reste un élément essentiel : celui de la construction du poste lui-même.

Le soin à apporter à l’habillage du poste est vraiment important et concerne essentiellement les installations fixes. Bien sûr, il n’est pas interdit d’utiliser un poste « mobile », mais en règle générale, cela ne permet pas de soigner le détail et les grives remarquent justement tous les détails !

Autrefois, surtout dans le nord de l’Italie, les postes étaient construits en dur, ils comportaient deux pièces pour y loger les appelants. L’entretien des lieux demandait et demande encore aujourd’hui un soin constant toute l’année durant. Les alentours doivent être taillés, aménagés avec des arbustes particuliers, plantés et entretenus pour faire le plus naturel possible et favoriser ainsi la pose des grives en migration.

En outre, trouver le bon endroit où installer le poste n’est pas chose facile. Il importe qu’il soit situé à l’abri des crêtes vu que c’est dans ces zones que les grives, en arrivant, préfèrent se poser.

Parfois, il est bon de construire le poste au cœur d’un bois ou dans un sous-bois. Auquel cas, il devra être entouré de haies, de genévriers, de sureaux mais aussi de raisin d’Amérique, etc…

Il faut garder à l’esprit que la grive musicienne se pose rarement en hauteur mais qu’elle préfère plutôt se poser sur les branches basses. D’où l’importance des haies et arbustes de hauteur réduite. En outre, la végétation sera indispensable pour camoufler poste et meurtrières, lesquelles devront être les plus fonctionnelles possible.

A ce stade, il ne reste plus qu’à se lancer dans cette technique séduisante qui fait s’affronter chasseur et grives.


11/02/2017
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La tenderie aux grives en Belgique, région spadoise.

Petite trouvaille sur le net, cet article de Jean Lecampinaire, publié dans le mensuel belge Réalités, mensuel de Spa et de sa région. (http://www.sparealites.be/)

Article reproduit ici in-extenso avec l’aimable autorisation de M. Eric PALLA.

RG

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Alors qu’elle est interdite en Belgique depuis les années soixante (1967-1968), la tenderie aux grives est encore pratiquée de nos jours dans le nord des Ardennes françaises (le long de la frontière belge), au moment de la migration, de la mi-septembre jusqu’à la mi-novembre.

Cette tradition existait dans les Ardennes belges depuis des siècles, elle daterait même de l’époque préhistorique, plus précisément de l’époque de l’âge du renne. Des archéologues ont en effet trouvé des ossements de grives dans des grottes proches de Dinant. Nos lointains ancêtres en consommaient donc. Les Romains, eux, pratiquaient l’élevage des grives dans de grandes volières.

C’est, semble-t-il, au Moyen Age que dans notre région le droit de tenderie est accordé aux « manants ». Il fait partie des droits d’usage qui leur ont été octroyés par le prince-évêque de Liège. Il faut savoir que du Moyen Age jusqu’à la fin du 19e siècle, la forêt sera souvent pour nos aïeuls le complément nécessaire du champ et du pré. Ils y cultivent après l’essartage, ils y coupent leur bois de chauffage, ils y trouvent les matériaux nécessaires à la construction de leur maison, leur bétail y trouve sa nourriture sous la garde d’un « herdier ».

Dans nos campagnes, la tenderie aux grives a été pratique courante jusqu’en 1967-1968 ; elle se transmettait de génération en génération et était dénommée la chasse du pauvre. Les espèces concernées par ce mode de capture étaient : la grive musicienne, la grive mauvis, la grive litorne, la grive draine et le merle noir.

Cruel pour certains, traditionnel pour d’autres, ce mode de « chasse », qui consistait à capturer le volatile au moyen de collets (lacets) faits en crin de cheval, se pratiquait de deux manières : à la branche ou à terre (méthode interdite en Belgique dès 1929). Alors que le piège à terre ne nécessitait aucun appât, le piège à la branche (la pliette et son lacet représentée en fin d’article) était amorcé avec des baies de sorbier (sorbes) dont les grives sont friandes.

Entre les deux guerres, la tenderie aux grives fut réglementée car elle se pratiquait de plus en plus à des fins commerciales. En effet, les grives capturées partaient pour les grandes villes et se retrouvaient dans les assiettes des meilleures tables verviétoises, liégeoises et même bruxelloises. A Spa, elles étaient vendues chez Oscar Heinen (magasin de gibier). Dès les années trente, chaque citoyen fut donc en droit d’acheter un permis de tenderie valable un an, comme il en est de même aujourd’hui pour la pêche. Ci-après, le permis de tenderie aux grives délivré au Creppelain Ferdinand Joseph Dohogne.

 

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Creppe, la tenderie aux grives se pratiquait dans les bois de Mambaye et de Lébioles. Parmi les tendeurs, on peut citer : Ferdinand Joseph Dohogne, Ivan Pottier, …

Nivezé, elle s’effectuait dans les futaies des Basses-Nivezé ou encore dans le bois du Hatrai. Emile Jérôme et Octave Goblet étaient des fervents défenseurs de cette pratique ancestrale.

Winamplanche, c’est le long du ruisseau de l’Eau Rouge dans la vallée de Tolifaz et dans le bois de Vequeterre, situé entre Creppe et Winamplanche, qu’Henri Starck, Louis Goffin et Albert Goffin posaient leurs lacets.

Desnié, Raymond Schmitz tendait dans le bois de Fagne Maron et Lucien Leroy plaçait ses pièges au Vieux Pazé.

Sart-lez-Spa, les tendeurs portaient leurs grives chez Marcel Pauly. Elles étaient ensuite amenées à la gare du village pour partir le lendemain au premier train. Quelquefois, plusieurs centaines de grives étaient ainsi expédiées à la capitale.

Le principe du piège était simple : la grive venait sur le perchoir de la pliette, passait son cou dans le nœud coulant du lacet pour atteindre les baies de sorbier et se pendait en prenant son envol.

Jean Lecampinaire

 

Sources : La tenderie aux grives (Jean Jamin – 1979 – CNRS Paris)
Les gestes oubliés (Nos r’prindans rècène – Comité culturel de Jalhay/Sart) Messieurs Raymond Goffin, Georges Ledoyen, Raymond Schmitz, Jacquy Dohogne, Paul Gernay, André Pottier, Jean Jérôme et Joseph Laurent

http://www.sparealites.be/la-tenderie-aux-grives-en-region-spadoise


15/12/2016
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