Des grives aux merles

Des grives aux merles

La bibliothèque de l'amateur de grives.


Remarque préliminaire.

Voilà un bon moment que je caressais le projet de constituer une petite anthologie consacrée à la chasse des grives et merles au poste à feu.
Les courts extraits que je présente ici observent les textes de loi quant au respect des droits d'auteur, tant moraux que patrimoniaux.
Ce ne sont que des extraits et ils sont une incitation à la lecture des livres dont ils sont tirés.
(Sources : ma bibliothèque-chasse personnelle, mes recherches sur le net.) 

RG


06/09/2015
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Le grand dictionnaire de cuisine d'Alexandre Dumas: Grives et Merles.

dumas-alexandre 2 (Copier).jpgCélèbre écrivain français né à Villers-Cotterets en 1802 et petit-fils d'aubergiste.

Très fier de ses talents culinaires,il entreprend en 1869 l'écriture de son "Grand Dictionnaire de Cuisine". qui ne paraîtra qu'en1872, après sa mort en 1870.

Sur le plan strictement culinaire, son dictionnaire est peu fiable mais malgré ses erreurs et ses lacunes, il est écrit dans un style alerte, divertissant et il fourmille  d'anecdotes.
Alexandre Dumas est l'une des plus fines gueules de son siècle, il est l'ami des plus grands chefs et les nombreuses recettes, qu'il assure avoir  toutes  expérimentées, sont peu précises mais terriblement apéritives.

Son Grand Dictionnaire de Cuisine n'est en aucun cas un précis de l'art des fourneaux mais il est en revanche une somptueuse introduction à la cuisine.
Source: B. Simon (alias Chef Simon)                                             

 

  

 

  

Dilemme...

Comment classer ce document ?

En effet,Il relève à la fois de la littérature et de l'art culinaire...

Après moult hésitations, j'ai choisi de privilégier l'écrivain. Choix dicté, sans doute, par le souvenir impérissable du merveilleux romancier que fut Dumas.

Savourons donc comme il se doit cette page consacrée aux grives et aux merles.

RG 

 

 

                                                               Grives et merles



Les grives, les merles et beaucoup d'autres oiseaux ne doivent être mangés qu'à la fin de novembre ; engraissés d'abord dans les champs et dans les vignes, ils vont ensuite parfumer leur chair au bord des bois avec des graines de genièvre. Si vous êtes trop pressé de jouir, si vous les tuez avant le temps, vous ne leur trouverez pas ce fumet, cet arôme incisif qui est tant recherché des vrais friands. Horace, Martial et même Gallien connaissent toute la valeur des grives. 
« Nihil melius turdo », dit Horace. 
Le favori d'Auguste et de Mécène en mangeait tant qu'il voulait, non pas qu'il fût assez riche pour en acheter tous les jours, sa médiocrité dorée n'allait pas jusque-là, mais il était fêté partout. 
 Le pauvre Martial au contraire faisait souvent maigre chère et lorsqu'une invitation à dîner venait le surprendre, la joie éclatait en ses yeux et il se disait : 
« Il y aura probablement des grives. » 
Lucius Apicius et tous les grands gourmands de Rome en faisaient le plus grand cas. Ils les engraissaient dans d'immenses volières de compte à demi avec les merles. Chacune de ces volières en contenaient trois ou quatre mille ; dans ces volières, les grives étaient privées de la vue des bois et des champs afin que rien ne pût les distraire de l'envie d'engraisser. 
Varron cite une maison de campagne où l'on avait engraissé cinq mille grives dans une année. On les servait sur les tables les plus somptueuses et on les donnait aux convalescents pour réparer leurs forces. 
 Pompée tomba malade et, étant entré en convalescence, son médecin lui ordonna de manger des grives, mais Pompée n'avait pas de volière. 
 « Allez en demander à Lucullus, il ne vous en refusera pas, lui dit son médecin. 
 - Eh quoi ! s'écria-t-il, c'est donc à dire que Pompée ne pourrait pas vivre, si Lucullus n'était pas un gourmand ! » En France, il y a un proverbe qui dit : 
 « Quand il n'y a pas de grives on mange des merles. » Les Corses ont retourné ce proverbe et disent : 
 « Quand il n'y a pas de merles, on mange des grives. » C'est que les merles de Corse et de Provence sont très renommés parce qu'ils se nourrissent de graines de myrtes et de genièvre. 
 L'oncle de Napoléon, le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, en faisait venir tout l'hiver de la Corse. On allait dîner chez son Eminence pour ses nobles manières, pour son gracieux accueil et surtout pour ses merles. 
 La saison des vendanges est la meilleure époque pour prendre et manger des grives, car elles se sont nourries de raisin et leur chair en est plus tendre et plus savoureuse.

 
 Grives rôties
 Vous plumez vos grives et les faites refaire (1) sans les vider, puis vous les faites cuire à la broche et les servez comme les mauviettes (2) avec des rôties dessous. 

Grives en ragoût
 Accommodez proprement les grives, passez-les à la casserole avec lard fondu, un peu de farine pour bien lier la sauce, un verre de vin blanc, sel, poivre, bouquet garni, laissez mitonner un peu le tout et servez avec un peu de citron. 

Grives à l'eau-de-vie
 Epluchez bien vos grives, écrasez-les un peu sur l'estomac, mettez-les dans une casserole avec du lard fondu, deux petits oignons, champignons, truffes, quelques morceaux de ris de veau, faites-leur faire quelques tours, mouillez- les de deux verres d'eau-de-vie, faites-les cuire à grand feu, allumez l'eau-de- vie que vous avez versée sur vos grives, quand il est éteint, ajoutez-y un peu de réduction (3) et de coulis, achevez de les faire cuire doucement, dégraissez-les et servez. 

Entrée de grives au genièvre
 Vos grives étant plumées, épluchées et retroussées, vous les couvrez de bardes de lard et de papier beurré, puis vous les attachez sur une broche et les faites cuire. 
 Mettez dans une casserole un peu de jus et de coulis, un verre de vin blanc, faites bouillir, ajoutez un jus de citron et une douzaine de grains de genièvre que vous aurez fait blanchir. 
 Vos grives étant cuites, vous ôtez les bardes de lard et le papier et les mettez mitonner dans le coulis, puis vous les dressez sur un plat, les dégraissez et servez chaudement pour entrée. 

Grives à la polonaise
 Epluchez vos grives, aplatissez-les sur l'estomac, passez-les quelques tours dans une casserole avec lard fondu, truffes, champignons, cinq ou six petits oignons, bouquet garni, un ris de veau blanchi, une tranche de jambon, puis vous les mouillez d'un verre de vin de Champagne et d'un peu de réduction et de coulis, ajoutez sel et poivre, faites cuire à petit feu, dégraissez le ragoût. Quand elles sont cuites, mettez-y un jus de citron, ôtez le bouquet et la tranche de jambon, et servez à courte sauce (4)

Pâté chaud de grives
 Videz vos grives, gardez-en le foie, retroussez-les et battez-les sur l'estomac avec un rouleau, piquez-les ensuite de gros lard et de jambon, assaisonnez de sel, poivre, fines herbes et fines épices, et fendez-les par le dos. Pilez ensuite les foies avec du lard râpé, champignons, truffes, ciboules, persil, sel et poivre, fines herbes et fines épices le tout bien pilé et farcissez-en le corps de vos grives. 
 Hachez encore et pilez du lard, faites une pâte composée d'un oeuf, de bon beurre, de farine avec un peu de sel ; formez deux abaisses (5), jetez-en une sur du papier beurré, prenez du lard pilé dans le mortier, étendez-le sur l'abaisse et rangez les grives dessus, ajoutez quelques truffes, des champignons, une feuille de laurier, le tout couvert de bardes de lard, couvrez avec votre seconde abaisse, formez en les bords, dorez votre pâté et mettez-le au four. Quand il est cuit, retirez-le, ôtez le papier, ayez un bon coulis, quelques ris de veau, champignons et truffes, levez le couvercle du pâté, ôtez les bardes de lard qui sont dessus, et avant de servir mettez-y votre ragoût en y pressant un jus de citron, et servez chaudement pour entrée. 

Grives à l'anglaise
 Epluchez et retournez vos grives sans les vider, embrochez-les avec un hâtelet (6), posez ce hâtelet sur une broche et fixez-la des deux bouts, enveloppez vos grives de papier, faites-les cuire à moitié, ôtez le papier, mettez un morceau de lard au bout d'un hâtelet, faites prendre le feu à votre lard et durant qu'il brûle, faites-le dégoutter sur vos grives, saupoudrez-les d'un peu de sel fin et de mie de pain, donnez-leur une belle couleur, dressez-les et servez à côté une sauce au pauvre homme (7) liée avec un morceau de beurre. 

 

Source: Société des Amis d'Alexandre Dumas 

 

(1) Faire refaire: faire revenir.

(2) Mauviettes: alouettes.

(3) Réduction: sauce ou jus épaissi par évaporation de l'eau contenue.

(4) Courte sauce: sauce peu abondante.

(5) Abaisse: pièce de pâte applatie.

(6) Hâtelet: petite brochette.

(7) Sauce au pauvre homme: initialement, sauce froide faite avec de l'eau, du sel et de la ciboule.

 

 

 


20/04/2017
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Les chasses au petit gibier, R. Villatte des Prûgnes.

Jean-Baptiste, Augustin, Robert Villatte des Prûgnes, né en 1869 à Montluçon (Allier) et décédé en 1965 au château des Prûgnes, à Vallon en Sully (Allier) était à la fois un chasseur consommé et un artiste culinaire.

Auteur prolifique, il a beaucoup écrit sur la chasse, la pêche et les choses de la nature.

Parmi ses nombreux ouvrages, nous retiendrons "Les chasses au petit gibier. Alouettes, grives et merles".

Publié en 1952 (éditions Crépin-Leblond), ce livre n'a pas été réédité depuis.

Quelques exemplaires d'occasion sont en vente sur les sites spécialisés (E-Bay, Galaxidion, etc...) à des prix oscillants entre 48, 80 et 160 €.

Ce livre ne figure pas encore dans ma bibliothèque...

 

    

 

Chasses petit gibier_crop (Copier).jpg

 

 

Publications:

L'alouette, sa légende, ses mœurs, sa chasse, Paris, Émile Nourry, 1909, 32 p.

Calendrier du cultivateur bourbonnais, Montluçon, 1904, 127 p.

Les chasses au marais, Paris, Émile Nourry, 1929, 204 p. (2e éd., Moulins, Crépin-Leblond, 1947, 258 p., ill. de Jacques Penot ; 3e éd., Moulins, Crépin-Leblond, 1954, 194 p., ill.).

Les chasses au bois, Moulins, Crépin-Leblond, 1930, 214 p.

Les chasses en plaine, Moulins, Crépin-Leblond, 1931, 276 p., ill.

Pêcheurs, pêchons !, Moulins, Crépin-Leblond, 1931, 253 p.

La Vènerie bourbonnaise. Histoire anecdotique des veneurs, chasseurs, piqueurs, chevaux et chiens illustres d'autrefois et d'aujourd'hui, Moulins, Crépin-Leblond, 1933, 245 p., ill.

En Bourbonnais. Ma vieille maison rose, autour, dedans, alentour, préface d'Augustin Bernard, Moulins, Crépin-Leblond, 1945, 202 p.[4].

La chasse à tir, éd du Grelot d'Or, 1947, 93 p.

Les chasses à courre, préface du baron de Champchevrier, Moulins, Crépin-Leblond, 1948, 214 p., ill.

En Bourbonnais. La cuisine, préface d'Édouard de Pomiane, Moulins, Crépin-Leblond, 1949, 118 p., ill.

Les temps ne sont plus… Souvenirs de vingt-cinq années de vénerie, illustrations de Guy Arnoux, Moulins, Crépin-Leblond, 1951, 144 p.

Les chasses à la bécasse, illustrations de Charles-J. Hallo, Moulins, Crépin-Leblond, 1951, 128 p.

Les chasses au petit gibier. Alouettes, grives et merles, illustrations de Hallo, Lajarrige, Pénot et Reboussin, Moulins, Crépin-Leblond, s. d. [1952]

« Au loup ! », Revue des deux Mondes, sept. 1956.


26/01/2017
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Gibiers de poche, cuisine et saveurs.

 

Voilà une excellente librairie de chasse, je devrais dire La librairie de chasse.

Il s'agit de Montbel, libraire-éditeur ( //www.montbel.com/editions-de-montbel,fr,2,1.cfm ).

Quand on a une bonne adresse, il ne faut surtout pas hésiter à la faire connaître!

Aujourd'hui, j'ai jeté mon dévolu sur un excellent petit livre de recettes de cuisine de F. & R.-M. Roland: "Gibiers de poche, cuisine et saveurs"

RG 

 

 

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Le premier livre consacré exclusivement à la cuisine du petit gibier, celui que le chasseur met directement dans sa poche : grive, caille, alouette, etc. Un choix judicieux de recettes traditionnelles et originales pour cuisiner les petits oiseaux si nombreux dans nos campagne.

 

Cuisinière chevronnée et femme de chasseur, Frédérique Roland, de Lyon, accommode avec talent la viande prélevée dans la nature.

Illustrations originales de Richard Heitz.

 

◼︎ Paris, Montbel, 2009. In-8, 15 x 23 cm, broché, 96 pages.

 

 

TABLE DES PLATS

 

 

Alouette à la bourguignonne

Alouette à la minute

Alouette à la normande

Alouette à l'armagnac

Alouette en cocotte aux truffes

Amuse-gueules d'alouette

Bisque de tourterelle aux marrons

Brochette de merles

Caille à la duxelles

Caille à la turque

Caille à l'orientale

Caille au foie gras

Caille au marc de Bourgogne

Caille au miel

Caille au vin blanc

Caille aux olives

Caille bonne-maman

Caille du chatelet

Caille forestière aux champignons

Caille sur canapé et purée aux truffes

Croustade de grives

Étourneau grillé aux légumes croquants

Fricassée de tourterelle aux girolles

Grave d'alouette

Grive à la Bacchus

Grive à la bonne femme

Grive à la mode périgourdine

Grive à la provençale

Grive au genièvre

Grive au nid

Grive aux légumes

Grive aux cèpes

Grive musicienne aux raisins et au muscat

Merle aux herbes et aux olives

Merle en robe des champs

Merle au riz

Merle aux cerises

Œufs de caille au jambon de Bayonne

Œufs de caille panés

Pâté d'alouettes

Petit pâté de sansonnets

Poêlée d'étourneaux

Salmis de tourterelles

Terrine de merles

Tourterelle aux crêpes de maïs

Tourterelle au vin rouge

Tourterelle aux raisins frais

Tourterelle en Pithiviers

Tourterelle rôtie aux carottes et marrons

Tourterelle rôtie, rizotto aux champignons

Vanneau rôti aux pommes

Vanneau rôti à la Provençale

 

Sources:  //www.montbel.com/roland-frederique-rene-miguel-gibiers-de-poche-cuisine-saveurs-montbel,fr,4,M106.cfm


22/12/2016
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LA CHASSE AU FUSIL, G.-F. Magné De Marolles.

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   Gervais-François Magné de Marolles (1727-1795), est né à Tourouvre-au-Perche (Orne).

   Il est considéré comme l'un des plus illustres écrivains et bibliographes cynégétiques.

   "La Chasse au Fusil" est le premier ouvrage français consacré exclusivement au fusil de chasse et à la chasse à tir.

   C'est également le premier traité de chasse complet.

   Edité en 1788, l'ouvrage comporte deux parties:

   -La première contient des recherches sur les armes de chasse qui ont précédé les armes à feu, un détail de la fabrication des canons de fusil, l'examen de plusieurs questions relatives à leur portée.

   -Dans la seconde, on trouve les connaissances nécessaires pour chasser utilement les différentes espèces de gibier qui se trouvent en France, et les détails de plusieurs chasses particulières à quelques provinces. 

  La première édition est publié en 1788, une deuxième édition revue, corrigée et augmentée par l'auteur est publiée post-mortem en 1836. 

 

  

 

 

                     Illus Chasse Fusil M de M (Copier) (2).jpg

  

 

  

 

  Le texte ci-dessous est un extrait de l'édition de 1788, section III, intitulée "De la chasse des Oiseaux de terre", chapitre XII, "De la Grive; du Merle et de l'Etourneau".

  Afin de garder toute sa saveur à l'ouvrage de Magné de Marolles, j'ai respecté l'orthographe de l'époque.

   RG

 

 

    

 

  

 

 

 

 CHAPITRE XII.

 

 

De la Grive ; du Merle, et de l’Etourneau.

 

 

I.

 

De la Grive.

 

 

Il y a quatre espèces de grives ; la draine ou grive de gui, qui est la plus grosse, appelée de ce dernier nom, parce qu’elle mange, en hiver, le fruit du gui, et se perche par préférence sur les arbres où il s’en trouve ; la litorne, appelée claque en Normandie, à cause de son cri, qui est cla, cla, cla. Celle-ci ne paroît qu’à l’entrée de l’hiver ; elle va par troupes : quand on en voit beaucoup, et qu’on les entend crier fréquemment, elles annoncent le froid et la gelée. Elle se tient volontiers dans les frîches, les prairies, et hante peu les bois. Ces deux espèces de grives sont les moins bonnes à manger. La première est ordinairement amère, à cause du gui qu’elle mange ; et l’autre est sujette à sentir le genièvre, qui est sa principale nourriture.

Vient ensuite la grive proprement dite, à-peu-près grosse comme la litorne, mais bien meilleure à manger. Elle est appellée tourde dans nos provinces méridionales, particulièrement en Provence ; dans d’autres provinces, vendangeuse ou grive de vigne, parce qu’elle aime beaucoup le raisin.

Enfin, la quatrième espèce est le mauvis, appellée autrement petite grive, touret, rosette, grive champenoise, et qui a encore d’autres noms suivant les différentes provinces. On la distingue particulièrement, parce qu’elle a le dessous de l’aile de couleur orangée.

Toutes les grives sont des oiseaux de passage ; mais il ne laisse pas d’en rester beaucoup qui nichent et pondent dans nos pays, excepté, néanmoins, la litorne ou claque, qui se retire dans les pays du nord, où elle trouve du genièvre en abondance. Il nous reste très-peu de petites grives ou mauvis pendant l’hiver, et il est rare qu’elles nichent dans nos contrées.

La chasse des grives est très-agréable au temps des vendanges. Enivrées par le raisin, elles se laissent approcher plus facilement dans les vignes et sur leurs bords que par-tout ailleurs. Elles sont encore très-friandes des olives : elles trouvent l’un et l’autre dans nos provinces méridionales ; ce qui fait qu’on y en voit en plus grande quantité qu’ailleurs, et qu’elles y sont, en général, plus grasses et de meilleur goût. Depuis que le raisin commence à mûrir, jusqu’après la vendange, on en voit peu dans les pays où il n’y a pas de vignobles ; mais, ce temps passé, elles se répandent par-tout où elles trouvent du genièvre, du nerprun, des cenelles, et autres baies dont elles se nourrissent. Vers la toussaints, elles viennent en foule aux aliziers, dont le fruit leur plait beaucoup, et en se mettant à l’affût sous un de ces arbres, on est assuré d’y faire bonne capture ; souvent à peine donnent-elles le temps de recharges. Il en est de même des merises ; mais la saison de la maturation de ces fruits étant le mois de juin, ce n’est guères la peine de s’amuser à cette chasse, attendu que c’est le temps où elles sont occupées du soin de leurs petits, et qu’elles sont maigres alors ; que d’ailleurs, en détruisant une grive, on détruit, le plus souvent, toute une famille de ces oiseaux, ce qui doit répugner à un chasseur.

La véritable saison pour tuer des grives est depuis la fin septembre, temps où les raisins sont en maturité, jusqu’aux premières gelées, qu’elles commencent à disparoître. Mais pour en tuer beaucoup, il faut les tirer au vol, ce qui demande une certaine adresse, et n’appartient pas au commun des chasseurs. On en tue peu, lorsqu’on ne sait les tirer que posées dans les arbres, les occasions en étant bien moins fréquentes que celles de les tirer au vol. Les pays couverts et coupés de haies sont très-propres pour tuer des grives dans l’arrière-saison : deux chasseurs qui s’entendent pour battre une haie, en la longeant chacun de son coté, sont assurés de tuer des grives et des merles, en les tirant au vol à mesure qu’ils partent.

En Provence, et particulièrement dans cette étendue de terrein qui environne Marseille, et qu’on appelle le taradou on chasse beaucoup les grives à l’arbret. L’arbret (en provençal aubret) est un petit arbre planté exprès pour la chasse dont il s’agit, appellée aussi chasse au poste, parce que le chasseur se tient caché dans une petite cabane à laquelle on donne ce nom. Cette chasse qui se fait dans l’enceinte même des bastides, non-seulement pour les grives, mais pour les ortolans et bec-figues, est un des amusements les plus chéris de la jeunesse de Marseille, et l’on prétend qu’il se trouve au moins 4000 postes dans le taradou, qui forme un pourtour d’environ quinze lieues, couvert de quinze mille de ces habitations de campagne appellées bastides. Voici le détail de cette chasse.

On choisit dans une vigne, de celles qui se trouvent encloses dans les bastides, un petit tertre ou monticule, qu’on se procure artificiellement s’il ne s’en rencontre pas un sur le lieu. On y plante un petit bouquet de jeunes pins, et au milieu un arbre de quinze à vingt pieds de haut. L’amandier est celui qui convient le mieux, par la raison que sa feuille est fort petite, et cache moins les oiseaux. Au défaut d’un arbre naturel et verd, on peut se servir d’un arbre sec qu’on plante dans le tertre. Les grives, et même les autres oiseaux s’y perchent également, excepté néanmoins l’ortolan, qui préfère les arbres verds. Parmi les jeunes pins, on a soin de mêler quelques arbrisseaux de ceux qui portent des baies qu’aiment les grives, comme myrtes, genièvres, etc. On place à terre, entre ces pins et arbustes, dans des cages, pour servir d’appeaux, cinq ou six grives prises aux gluaux, et conservées dans des volières, où on les nourrit de figues hachées avec du son et du raisin noir. Ces cages sont suspendues à des piquets, à deux ou trois pieds de terre. A quelque distance de l’arbre, on construit une cabane fort basse, en creusant la terre de deux ou trois pieds, de manière qu’elle n’excède le niveau du terrein que d’à-peu-près autant, et on la recouvre en dehors de ramée et de lierre qui est toujours verd, afin qu’elle effarouche moins les oiseaux, et que sa verdure se maintienne plusieurs jours. Il y a de ces cabanes construites en maçonnerie, et avec quelques commodités, et autour desquelles, pour en dérober la vue aux oiseaux, on plante quelques arbustes. Le chasseur se tient tapi dans sa cabane, et au chant des appeaux, il arrive de temps en temps des grives qui viennent se poser sur l’arbre, et qu’il tire, à mesure qu’elles se présentent, par de petites ouverture ménagées à la cabane. La saison de cette chasse est depuis les derniers jours de septembre jusqu’à la fin d’octobre. On la commence dès la pointe du jour ; jusqu’à sept heure est le fort du passage : elle dure cependant jusqu’à neuf ou dix heures de la matinée. On peut y tuer jusqu’à trois ou quatre douzaines de grives.

 

II.

 

Du Merle

 

Le merle est un manger moins délicat que la grive ; cependant, en hiver, lorsqu’il est bien gras, quelques personnes en font peu de différence. On le trouve dans les haies où il y a beaucoup de senelles, ainsi que dans les taillis, où il se tient caché dans les sépées les plus épaisses. C’est en battant les haies qu’on en tue le plus, sur-tout dans les temps de brouillard. Lorsqu’ils partent, ils filent le long de la haie, et vont se remettre à cent pas plus loin ; leur vol est plus droit et plus lent que celui de la grive, et ils sont plus aisés à tirer.

On vante comme un gibier exquis, les merles de la Corse, où il y en a une immense quantité, sur-tout dans les hivers secs et froids. Depuis la fin de décembre, que les neiges les forcent à descendre des montagnes, jusques vers la fin de février, la plaine et les côteaux en sont couverts, et ils sont si gras, qu’à peine peuvent-ils voler. Ce sont les baies de myrte dont ils se nourrissent qui les engraissent si prodigieusement, et leur donnent un parfum exquis. Les cantons où ils sont les plus excellens, sont ceux où il y a beaucoup de myrtes et peu d’oliviers. Ceux qui se nourrissent d’olives sont d’une graisse moins fine et moins délicate. Le plus grand nombre se prend avec des lacets de crin.

 

III.

 

De l’Etourneau.

 

L’étourneau vole toujours par bandes plus ou moins nombreuses, et ces bandes se mêlent souvent en hiver avec celles des corneilles, dont ces oiseaux paroissent aimer la compagnie. Il est très-difficile d’en approcher, soit qu’ils soient à terre, soit qu’ils soient dans les arbres. Ils aiment les hautes futaies, et se perchent toujours à la cime des arbres où ils gazouillent sans cesse. Quelques naturalistes prétendent que l’étourneau ne se nourrit d’aucune graine ni baie, et ne mange que des vers et insectes ; d’autres disent qu’il aime le raisin, et est fort bon à manger dans le temps de la vendange. La vérité est que cet oiseau est un manger fort médiocre, et que sa chair est un peu amère. Quelques chasseurs lui coupent la tête aussitôt qu’il est tué, pour lui ôter cette amertume.

 

 

 

 

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19/11/2016
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